Yoweri Museveni commence son septième mandat en Ouganda, confronté à des accusations de fraude électorale.
Yoweri Museveni, au pouvoir depuis 1986, entame son septième mandat.
Officiellement crédité de 71,65 % des voix, le doyen de la politique est-africaine semble inamovible. Pourtant, derrière la façade de ces chiffres impressionnants, le pays a vécu une élection marquée par un retour forcé aux méthodes du passé et une répression numérique qui interroge sur la légitimité du processus.
Le scrutin de jeudi devait être celui de la modernité avec l’usage de machines d’identification biométrique.
Cependant, une panne généralisée de ces dispositifs dans les zones urbaines — bastions de l’opposition comme Kampala — a paralysé le vote pendant de longues heures.
- L’improvisation électorale : Face au chaos technique, la Commission a ordonné un retour aux registres papier, une décision saluée par Museveni mais fustigée par son principal rival.
- Le soupçon de fraude : Pour Bobi Wine, cette défaillance n’était pas un accident, mais un levier pour permettre un « bourrage massif des urnes » loin de la surveillance numérique.
- L’avis des observateurs : Si Goodluck Jonathan (Union Africaine) tempère en affirmant n’avoir pas vu de fraudes directes, il a fermement critiqué l’impréparation technique de la Commission.
À 24,72 % des voix selon les chiffres officiels, le musicien Bobi Wine (Kyagulanyi Ssentamu) refuse de s’avouer vaincu.
Le scénario de l’après-vote ressemble toutefois à un huis clos tendu.
Le leader de l’opposition affirme avoir échappé de peu à une arrestation musclée après que les forces de sécurité ont investi son domicile.
Si la police nie toute arrestation formelle, elle admet un « accès contrôlé » à sa propriété.
L’objectif affiché est d’empêcher le candidat d’inciter à la violence mais pour ses partisans, il s’agit d’une mise en résidence surveillée de fait visant à étouffer l’appel aux manifestations pacifiques.
« Nous rejetons ces résultats truqués et nous irons jusqu’au bout pour que les résultats légitimes soient annoncés » a martelé Bobi Wine depuis sa demeure encerclée.
À 81 ans, Yoweri Museveni continue de régner sur un système qu’il a lui-même verrouillé au fil des décennies.
En supprimant les limites d’âge et de mandat de la Constitution, il a transformé l’élection en une formalité pour le parti au pouvoir.
Cette longévité soulève une question cruciale pour l’avenir de l’Ouganda : comment un pays dont la majorité de la population a moins de 25 ans peut-il se reconnaître dans un leader qui n’envisage aucune retraite ? La coupure d’Internet durant le scrutin n’a fait que renforcer ce sentiment de déconnexion entre un pouvoir vieillissant et une jeunesse qui réclame un avenir plus transparent.
Laisser un commentaire